• Marcher, papoter : le résumé

    L’histoire contemporaine de Saint Raphaël nomme Alphonse Karr « le découvreur et l’inventeur » de la station balnéaire. De ce fait, un collège, une rue, une avenue, un square et un cimetière portent son nom !

     

    Mais quel est le rapport entre cet écrivain, poète, journaliste pamphlétaire, ayant exercé son talent d’écriture dans la capitale et dont le nom rappelle une origine allemande et le devenir d’un petit bourg de pécheurs en bordure de la Méditerranée, fin du XIXème siècle ?

    Jean-Baptiste Alphonse Karr est né à Paris en 1808 de la rencontre d’un pianiste compositeur munichois venu travailler dans la capitale française et d’une jeune fille de petite bourgeoisie. Un autre garçon, Eugène, naquit de cette union, union qui ne perdura que quelques années. Ce père musicien transmit cependant à ses fils, outre l’amour de la musique, une extrême sensibilité à l’infinie beauté de la nature, et un gout effréné de la liberté.

    Alphonse, frondeur et fugueur eut d’ailleurs des difficultés à prouver aux institutions les grandes qualités littéraires dont il disposait, d’autant qu’il lui fallut pendant ses études assurer seul sa subsistance, il les réussit cependant très brillamment. Des cours particuliers, des remplacements sporadiques de professeurs et quelques écrits journalistiques permirent à l’écrivain en devenir qu’il était de louer, pour son plus grand bonheur, une bicoque branlante entourée d’un jardinet dans Paris, c’est le début d’une grande histoire avec les fleurs, c’est aussi le début d’une grande histoire avec les mots ! Une déception amoureuse mit sa plume au service de son cœur et son premier roman « sous les tilleuls » publié en 1832 fut un énorme succès et le propulsa dans le monde de l’écriture. Devenu rédacteur en chef au tout nouveau journal le Figaro, il côtoyait Balzac, Hugo, Sue

    Il se révéla alors excellent dans l’écriture de pamphlets ; ces écrits courts à caractère polémique et satirique très en vogue à cette époque politiquement instable. Il quitta d’ailleurs le Figaro pour éditer son propre journal, un mensuel intitulé à juste titre « les guêpes » ! Se soumettant aux turbulences de la « vie parisienne », il était un personnage incontournable pour qui se prétendait « à la page » ! Curieux de tout, il était connu pour ses écrits journalistiques mais aussi pour ses romans, poèmes, essais… Ses champs d’investigation étant des plus variés, philosophie, histoire, politique, botanique sans oublier le romanesque. Après avoir vécu sous l’Empire de Napoléon Bonaparte, sous deux restaurations de la royauté, Il applaudît avec enthousiasme en 1848 à la proclamation de la deuxième République…Mais… Il lui fallut choisir l’exil à l’avènement d’un nouvel Empire napoléonien quelques années plus tard !

    Fuyant la France mais sans toutefois couper le cordon, c’est à Nice, comté du royaume de Piémont-Sardaigne qu’il vint s’installer avec sa compagne et leur fille, Jeanne. Finis les « Guêpes » et les pamphlets, c’est aux fleurs qu’il va consacrer toute son attention, locataire d’un grand terrain il fit montre de ses talents d’horticulteur. Il travailla tant et si bien qu’un magasin fut nécessaire dans le vieux Nice pour écouler fleurs coupées mais aussi fruits et légumes ! Ne négligeant pas pour autant l’écriture, il garda un rythme soutenu de ses publications. C’est à ce moment-là qu’accompagnant son frère, prospecteur géologue, il vint à Saint Raphaël et tomba littéralement amoureux de ce petit bourg de pêcheurs. Si bien qu’il n’eut aucune difficulté à quitter Nice lorsque les autorités l’exproprièrent pour construire à la place de son jardin la gare terminus du PLM. En effet Nice devenue française en 1860, le train y arriva en 1863. Saint Raphaël, n’était encore qu’une petite localité où pêcheurs et maraichers vivaient paisiblement des ressources de leur environnement. Alphonse Karr construisit sa maison sur un petit terrain acheté en bordure de mer, l’entoura d’un jardin qui la rendit invisible aux passants, et la dénomma « Maison close » !

     

    Il aurait pu entamer une dernière tranche de vie paisible avec sa famille, mais l’ambiguïté qui le caractérisait a fait qu’il n’eut de cesse d’inviter chez lui toutes ses connaissances parisiennes, pour faire découvrir ce petit paradis qu’il avait déniché, allant jusqu’à dire que « si on vient à Saint Raphaël on n’en repart plus ». La ligne de chemin de fer aidant, des artistes, des politiques, des bourgeois, défilèrent chez lui et en effet beaucoup restèrent pour une saison ou plus ! Voilà pourquoi on le nomme le « découvreur », quand à la station balnéaire il en est « l’inventeur » juste par effet de mode ! De santé solide il pratiquait la pêche, et ne manquait pas de prendre des risques comme ce jour de fin septembre 1890 où à la tombée de la nuit sous un orage il alla relever ses filets posés le matin même au large du Lion de mer. C’était l’exploit de trop, il décéda quelques jours plus tard des suites d’une congestion. Il inaugura bien malgré lui le nouveau cimetière, car le petit bourg de pécheurs découvert par lui quelques années auparavant était devenu une belle station balnéaire en pleine expansion par le talent de celui qu’on nomme le « bâtisseur » de Saint Raphaël…Mais ça c’est une autre histoire !

    « LA BELLE DES MAURES

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